Près de 300 personnes se sont retrouvées hier vendredi 25 septembre 2009 entre 18 h et 18 h 30 au pont des Bergues pour une nouvelle édition de la Critical Mass genevoise qui, rappelons-le, a connu son cortège inaugural en mai 1998.
Rappelons également que ce mouvement, qui a pris naissance sur la côte Ouest des Etats-Unis, est un rassemblement spontané de cyclistes et autres amateurs de déplacements animés par la seule force musculaire, lesquels revendiquent une autre rue, débarrassée de l’encombrant monopole exercé par la circulation motorisée privée. Pendant près d’une heure chaque dernier vendredi du mois, ces personnes circulent ensemble à travers la ville. Elles remettent ainsi en question la suprématie automobile en proposant, par l’exemple, d’autres modes de déplacement, à la fois plus conviviaux, plus respectueux de l’autre, moins gourmands en énergie et, facteur non négligeable, meilleurs pour la santé.
L’édition du mois d’août avait connu quelques incidents, dont le plus impressionant - une automobiliste avait foncé à travers le cortège de cyclistes - aurait pu causer des dommages bien plus graves que de simple dégâts matériels. Nous avions donc un défi à relever ; pendant le mois de septembre, des gens se sont rencontrés autour de cette question : comment faire passer le message véhiculé par la Critical Mass sans en altérer le contenu, en rupture radicale avec le discours faussement consensuel de la "complémentarité des modes de transport" - en clair le droit de rouler motorisé sans restriction à travers toute la ville -, mais en évitant toute forme de provocation individuelle à l’endroit des automobilistes et scootéristes, pour beaucoup pris au piège de cette absurde logique ? Ces discussions ont débouché sur des initiatives concrètes, comme on a pu le remarquer hier. L’ambiance était festive : des fleurs et des tracts explicatifs ont été distribuées aux conducteurs coincés dans les bouchons, des panneaux invitaient ceux-ci à sourire, les gens se parlaient, communiquaient…
En outre, tout en marquant quelques temps d’arrêt, ne serait-ce que pour se regrouper, les participants à la parade n’ont pas cessé d’avancer - tâche pas toujours facile dans les encombrements d’une veille de week-end -, un comportement qui, d’une part, réduit très fortement les risques de confrontation et, d’autre part, répond au mot d’ordre adopté par les initiateurs de la Critical Mass : "Nous ne bloquons pas le trafic, nous sommes le trafic". D’aucuns redoutaient une forte présence policière - l’attitude des gendarmes lors de la cycloparade organisée pour la journée sans voitures le 22 septembre pouvait le leur faire craindre. Or celle-là a été discrète et non intrusive.
Bref, un succès total, que nous espérons bien renouveler le 30 octobre, plus nombreux encore et toujours aussi motivés, malgré le passage à l’heure d’hiver et une météo qui sera, peut-être, moins clémente qu’hier.